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écrits


Deux petits fragments de textes ci-dessous...
et un choix plus copieux ici

Les éditions Isabelle Sauvage éditent mes textes: voir ici

à écouter: une lecture de mes textes par Jacques Vincent ici

et un extrait de ma lecture dans le cadre d'"Equivoxes" à Quimper en 2017 ici

Ordinaires (extrait
)

On sort marcher dans les villes. On repère les cafés où se poser avec un carnet pour écrire — et finalement on n'écrit pas, on lit le journal, on regarde dehors comme un regret — les nuages, un oiseau, les jambes maigres des vieux, celles des petits enfants, petits pas, les traces de pluie sur les vitres. On voudrait passer un peu de temps en compagnie, comme si on était en train de devenir amis — pense à faire attention à toi — et finalement on écoute les conversations, des mots chacun pour soi, comme des fragments ajoutés au bruissement du monde — rumeurs, ce qu'on raconte — le repas du soir, les visages abîmés, des histoires d’enfants, l'argent qui manque et les amis qui tombent malades, une vie de matelas à terre, l'errance loin de chez soi, la voisine qui ne sort plus ses poubelles, celui qui hurle, habillé tout en noir, le chat écrasé et c'est bien triste, la peur sans cesse et comme tout est un peu chaotique, brouillé, le prix des pommes de terre et les obus, les gens morts de faim sur le bord de la route, celui qui écrit sur ses jambes et doucement une chanson et ce qu'on lit dans le journal. (...)


Ils sont corbeaux (extrait)

écriture du ciel, le ciel journal du monde — on les observe — parfois on se regarde furtivement, on parle un peu, ou pas — silence paisible des paysages, du soir qui vient
on se retrouve le soir, dans les cafés, autour d'un verre — eux aussi, le soir, pas loin d'ici — on les regarde — eux aussi, de leurs yeux transparents
on se pose entre deux voyages, des provisions d'histoires au fond des sacs, des pensées dénichées — on écoute — eux aussi leurs récits, de leurs voix éraillées, effarouchés, entre deux migrations
parfois, on marche, solitaire dans nos pensées, comme un qui a perdu ses mots — celui-là déambule, tête rentrée dans sa veste — on marche avec lui, entre les herbes et les chemins, les arbres hauts — et lentement, on reprend conversation… chacun
ils marchent à petits pas désoeuvrés, petits sauts de côté, nonchalants — quand on les trouve au bord des routes, palpitants, effrayés, ils nous semblent petits riens, choses douces et chaudes, tombés nus
ils se posent comme au hasard — on n'y pense pas, de ci, de-là — eux qu'on regarde de biais, étrangers — ils nous ressemblent — de chaleur, eux aussi (...)